Sécurité et compassion : une approche équilibrée face à l’itinérance 9 mars 2026
La présence de personnes en situation d’itinérance suscite parfois de l’inquiétude au sein de la communauté collégiale. Ces craintes proviennent surtout d’un manque d’information envers une réalité encore mal comprise.
La direction et le personnel du Cégep de Granby sont sensibles aux préoccupations manifestées par la communauté collégiale. C’est pourquoi des efforts soutenus sont déployés afin de favoriser une cohabitation harmonieuse et rétablir un sentiment de sécurité.
Les mesures mises en place pour y parvenir s’orientent autour de trois éléments principaux : offrir de l’information, fournir des repères concrets et maintenir un climat d’écoute.
Démystifier l’itinérance pour apaiser la peur
Il est essentiel de comprendre que, derrière l’étiquette, existe un être humain avec des émotions et un vécu. Pour cette raison, diverses activités de sensibilisation ont eu lieu au cours des trois dernières années :
- Kiosque animé par Sophie Boutin (préposée à la sécurité) en collaboration avec l’organisme Impact de rue
- Participation étudiante à la Nuit des sans-abris (Techniques d’éducation spécialisée)
- Activités d’information organisées par Techniques d’éducation spécialisée sous forme de murale, collecte de témoignages, affiches et kiosque
- Panel sur l’itinérance lors d’une demi-journée institutionnelle
Le Cégep a également produit une fiche d’information intitulée Itinérance : on répond à vos questions. Ce document concis, accessible sur le portail Omnivox, est une adaptation personnalisée de la fiche élaborée par la Ville de Granby.
Il offre des repères concrets pour obtenir une aide immédiate, exprimer une inquiétude, signaler un incident ou accéder à diverses ressources, tout en présentant des informations factuelles sur la réalité de l’itinérance.
La clé du succès : humaniser les interventions
Les différentes mesures mises en place semblent porter fruit. Bien que difficile à quantifier, le sentiment de sécurité semble à la hausse au cégep, comme en témoigne Sophie Boutin :
« Les gens nous ont mentionné qu’il y avait moins d’itinérants dans le cégep, qu’ils se sentent plus en sécurité. Je pense que c’est parce qu’ils ont appris à connaître le rôle de tout le monde. Les gens sont habitués maintenant et viennent à la réception pour nous demander de venir faire un tour au besoin.
Moi, je ne me cache pas dans un coin pour intervenir avec une personne itinérante. Après une intervention, je vais revoir la personne qui a signalé, lui expliquer un petit peu ce qu’il en est. »
Le rapprochement et l’amélioration des communications entre la sécurité et la communauté collégiale, combinés à l’approche choisie, permettent d’avoir un impact concret.
Ancienne agente de service correctionnel et titulaire d’un certificat d’intervention en toxicomanie, Sophie est bien au fait de la vulnérabilité et du stigma que rencontrent les personnes en situation d’itinérance. Elle tente donc de rendre ses interventions efficaces, mais aussi humaines :
« Ce sont souvent les mêmes personnes qui reviennent. Il est plus facile d’obtenir leur collaboration quand on apprend à les connaître, qu’on a établi un contact. Je me présente, et il y en a à qui je dis : viens ici, je vais te répondre et t’aider, ne va pas te cacher dans le cégep. Quand on leur demande de ne pas venir à l’intérieur du cégep, ce n’est pas parce qu’on ne veut pas les voir ou qu’on veut se fermer les yeux. Simplement, ce n’est pas l’endroit pour eux. »
Au fil du temps, des liens se sont créés avec les travailleurs et travailleuses de rue et les ressources du milieu.
« Ça m’arrive d’appeler pour demander : avez-vous de la place ce soir? ou encore pour signifier un besoin. Cela peut-être aussi banal qu’un traîneau pour transporter ses choses, ou une ceinture pour tenir ses pantalons. » – Sophie
Steve Chenier, préposé à la sécurité de soir au Cégep, poursuit lui aussi ce travail continu de surveillance et d’intervention.
Parmi les autres mesures mises en place, notons la fermeture des portes secondaires dès 18 h au lieu de 20 h. Il est uniquement possible de sortir par ces portes, ce qui redirige la circulation vers les entrées principales et réduit ainsi l’accès aux personnes non autorisées en soirée.
Un processus constant et perfectible
La population étudiante se renouvelle chaque année, il est donc important de poursuivre les efforts de sensibilisation de manière régulière. L’existence de la fiche d’information est peu connue. Des solutions sont donc actuellement étudiées pour augmenter sa visibilité et faciliter son accès.
Le personnel de la sécurité est mieux outillé que par les années précédentes, grâce notamment aux conseils émis par Sophie Boutin et à la collaboration établie avec les intervenantes et intervenants de la Ville de Granby. Toutefois, un atelier de formation pourrait être bénéfique pour le personnel du Cégep et celui de l’agence qui assure le service la fin de semaine.
« Le but est qu’on soit tous capables de vivre en une seule et unique communauté », de conclure Sophie.
