Un stage au Cambodge qui transforme les futures infirmières et infirmiers 6 mai 2026
Sortir de sa zone de confort, prodiguer des soins dans un autre système de santé et plonger au cœur d’une culture radicalement différente : c’est le défi qu’ont relevé 12 finissantes et finissant en Soins infirmiers du Cégep lors d’un stage international au Cambodge, en mars dernier. Une immersion de trois semaines qui a profondément marqué leur parcours humain et professionnel.
Le choix du Cambodge, un pays sécuritaire et déjà bien connu de l’établissement, s’est avéré judicieux. Le partenariat avec l’Association Mission Stage (AMS), qui coordonne des stages dans plusieurs pays, a grandement facilité les démarches. L’organisation offre notamment un accès à un hébergement en maison d’hôtes, les déplacements à l’aéroport, du soutien pour les activités du quotidien et un service de traduction 24/24.
Le groupe était accompagné et supervisé par Marie-Ève Martineau et Annie Collette, enseignantes de Soins infirmiers. Cette année, l’équipe de coordination a relevé un défi supplémentaire : modifier le choix du vol à la dernière minute. Cette décision visait à éviter une escale à Doha, au Qatar, où la situation était très tendue en raison du conflit au Moyen‑Orient. Ce changement rapide a permis d’assurer un voyage plus sécuritaire pour tout le groupe et de maintenir le stage ambulatoire, qui est essentiel à la 6e session.
Une préparation de 16 mois
Comme le séjour humanitaire ne comptait que 12 places, un processus de sélection rigoureux a été lancé plus d’un an avant le départ afin de former un groupe solide et motivé. La sélection ne reposait pas sur les résultats académiques, mais plutôt sur l’entrevue. « C’est plus une question de savoir‑être, de quel niveau d’engagement ils sont capables de donner, car il y a beaucoup de campagnes de financement », précisent les responsables.
Pendant plusieurs mois, le groupe a organisé diverses activités de financement pour le voyage. Il a aussi mené une collecte de dons pour soutenir les actions prévues sur place, dont la visite d’un orphelinat et d’une école. Grâce à leur engagement, les stagiaires ont réussi à amasser les sommes nécessaires. Ces efforts soutenus ont également contribué à renforcer la cohésion et l’esprit d’équipe du groupe.
En parallèle, les stagiaires ont suivi plusieurs formations préparatoires offertes en collaboration avec le comité de mobilité étudiante du Cégep et le personnel enseignant ayant déjà participé au séjour au Cambodge. Ces formations abordaient la culture cambodgienne, la vie de groupe ainsi que les principales mesures de sécurité liées au voyage.
Un horaire bien rempli
Les stagiaires travaillaient quatre jours par semaine, de 8 h à 16 h. Ils étaient répartis en groupes de deux dans différentes unités du même établissement. Les 48 premières heures ont demandé une période d’adaptation afin d’intégrer les équipes et de trouver leur place.
Le soir, le groupe se retrouvait à la maison d’hôtes pour une clinique de réflexion. Ce moment était consacré au partage d’expériences et à l’analyse des démarches de soins.
Chaque journée était bien remplie, du matin au soir, même les fins de semaine, consacrées à une immersion culturelle complète. Les enseignantes avaient organisé des activités pour aider à comprendre le contexte historique et social du Cambodge. Elles expliquent que « cela permet de comprendre la réaction de l’hôpital, des patients, des familles. C’est important les visites culturelles, car on voit leur approche changer après ». Parmi les visites, soulignons :
• Le Musée du génocide de Tuol Sleng (S-21) et le champ de la mort, retraçant l’histoire tragique du Cambodge
• Des visites de temples pour mieux comprendre les valeurs et la spiritualité bouddhistes
• Un village flottant, permettant d’observer le quotidien et les réalités locales
• Une école primaire à laquelle des fournitures scolaires ont été remises
• Un orphelinat où, grâce aux Cosmos de Granby, des ballons, des chandails et des shorts ont été distribués
Une expérience humaine marquante
Le stage a permis de mieux comprendre le rôle infirmier au Québec et au Cambodge, tout en mettant en lumière les contrastes entre les deux systèmes de soins. Il a aussi offert l’occasion de comparer les pratiques des deux milieux. Tout au long de leur immersion, les stagiaires ont su s’adapter à un environnement de travail, à une réalité sociale et à une philosophie de vie très différentes.
Ce stage a aussi été l’occasion de développer leur débrouillardise et leur autonomie. Les stagiaires ont pu améliorer leurs habiletés de communication dans un contexte interculturel. Ils ont été confrontés à des réalités sociales et économiques très différentes, ce qui leur a permis de mieux comprendre les enjeux nord-sud et de mesurer l’impact de la pauvreté et de l’isolement social sur la santé.
« Le niveau de la pauvreté est un choc pour les étudiants. Parfois, les soins sont refusés par la famille à cause du manque de ressources financières. La décision des familles est de ne plus intervenir et on constate des décès. C’est dur pour les étudiants, et les enseignantes aussi, ça vient nous chercher. » – Marie-Ève Martineau
Une ressource d’aide était disponible pour toute personne qui en aurait eu besoin. Toutefois, la présence des enseignantes, qui logeaient avec les stagiaires, permettait d’offrir un soutien immédiat à celles et ceux souhaitant revenir sur une situation vécue durant la journée.
Au final, ce stage a représenté bien plus qu’en apprentissage clinique : il a renforcé chez ces futures et futurs professionnels de la santé une vision plus large, plus sensible et plus engagée de leur rôle dans le monde, laissant une empreinte durable sur leur parcours personnel et professionnel.